Lettre ouverte : Manque majeur de suivis de grossesse à Québec :mais que font le CIUSSS et Santé Québec?

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Dans le dernier mois, nous apprenions que la plus grosse clinique d’obstétrique et de gynécologie de la région, la Clinique de la Cité, fermera définitivement ses portes en mars prochain. Les nouveaux suivis ont déjà cessé depuis le 1er octobre. Cette fermeture signifie la perte de suivi pour 1500 femmes annuellement et la perte de 20 à 25 % des suivis de grossesse dans la région. C’est une rupture de services énorme, dans un contexte où le manque d’accès aux soins prénataux est déjà criant et généralisé. Mis à part un transfert temporaire pour terminer les suivis existants au Centre de recherche clinique et évaluative en oncologie, aucune mesure ne semble avoir été mise en place. 

Qu’arrivera-t-il aux femmes et aux personnes qui perdent ainsi leur accès à un suivi gynécologique ou de grossesse? Les personnes plus marginalisées et désaffiliées sont les plus à risque de ne simplement pas être suivies. Les femmes enceintes tenteront d’avoir accès à un suivi dans une clinique (que ce soit en cliniques privées, GMF, hôpital ou cliniques IPS), mais nous savons toutes combien les manques sont criants. Plusieurs se rendront à l’hôpital pour accoucher sans avoir bénéficié d’un suivi adéquat ou suffisant. Les conséquences sont lourdes pour les femmes, familles et enfants. Collectivement, nous devons déjà faire face aux conséquences, puisque chaque problématique de santé ou grossesse non correctement prise en charge entraîne un poids plus lourd encore sur le personnel soignant et l’ensemble du système de santé. 

Nous, organismes communautaires et syndicats de la région, tirons la sonnette d’alarme : la fermeture de la Clinique de la Cité aggravera la crise déjà présente. Elle amènera plus de demandes vers les organismes, alors que nous ne savons déjà plus où référer les femmes enceintes sans suivi de grossesse. À Québec, la Clinique SPOT offre des suivis de grossesses humanitaires aux personnes sans assurance maladie en disposant de ressources extrêmement limitées, répondant au quart des besoins seulement pour la région. Le Service de référence en périnatalité pour femmes immigrantes de Québec est sous-financé et ne peut déjà plus répondre à l’appel alors que le soutien téléphonique  pour des recherches de suivis de grossesse explosait déjà. Les femmes sont en détresse – et on peut le comprendre, sachant l’importance d’avoir accès à des suivis prénataux. 

Il est inacceptable qu’une clinique couvrant 1500 suivis dans une région comme la nôtre soit en train de fermer ses portes sans que personne ne soit intervenu à temps pour éviter un bris de services. Car telle est la réalité : l’entreprise n’est plus viable financièrement, alors elle ferme, et ainsi s’envolent le quart des suivis de grossesse de la région! Encore une fois, ce sont les femmes et personnes enceintes qui paient le prix de l’incapacité du système de santé à faire face aux situations de crise, alors que les soins sont un enjeu de santé publique qui devrait être anticipé et prévu correctement. La fermeture de cette clinique entraînera la perte d’un lieu de soins accessible avec le Réseau de transport de la Capitale (RTC). Pour les nombreuses femmes et personnes plus précarisées qui n’ont pas d’autres options que les transports collectifs pour se déplacer, nous évaluons que l’accès aux soins pourrait être compromis. Notamment, le déplacement temporaire envisagé de certains suivis dans un Centre de recherche clinique et évaluative en oncologie situé dans le Vieux Québec rendra l’accès au service plus compliqué. 

Cette fermeture illustre concrètement la faillite d’un modèle de soins de santé encourageant les pratiques privées. Fonder notre accès public aux soins sur des entreprises comme les Groupes de médecine familiale (GMF), c’est courir le risque que des cliniques  ferment, exactement comme ce qui se passe avec la Clinique de la Cité. C’est une situation inacceptable dont nous souffrirons collectivement des conséquences. 

Nous en appelons au CIUSSS de la Capitale-Nationale et à Santé Québec de prendre des mesures urgentes pour éviter une rupture de services. Il est inconcevable que cette fermeture n’ait pas déjà été corrigée par la mise en place de nouveaux points de service ou des mesures compensatrices rapides et restructurantes. Il en est de la responsabilité de nos institutions publiques. Récemment questionné sur la situation à l’Assemblée nationale, le premier ministre Legault nous assurait que la clinique serait relocalisée. Pourtant, aucune solution ne semble encore mise en place. Face à ce manque majeur de suivis de grossesse à Québec : que font le CIUSSS et Santé Québec? 

Cette crise nous force à le rappeler : le système de santé n’a pas besoin de coupures. Il a besoin de continuer à investir dans des modèles durables et de proximité : cliniques communautaires, modèles de périnatalité sociales, équipes interprofessionnelles et cliniques publiques de santé des femmes. Ces solutions existent déjà, mais elles manquent de soutien et de financement. 

Surtout, le système de santé a besoin de vision, de responsabilité et de justice reproductive. C’est une question de droit à la santé. C’est une question de vie.

Signataires :

  1. Élise Landriault-Dupont, Regroupement des groupes de femmes de la Capitale-Nationale
  2. Sylvie Pedneault, SOS Grossesse, Centre de santé des Femmes de la Capitale-Nationale
  3. Marie-Pier Landry, Clinique SPOT
  4. Marielle M’Bangha, Service de référence en périnatalité pour les femmes immigrantes de Québec 
  5. Stéphanie Viger, Le Collectif Les Accompagnantes 
  6. Caroline Gravel, SPSCN-FIQ
  7. Annie Métivier Hudon et Marie-Soleil Gagné , Accès transports viables
  8. Emilie Frémont-Cloutier, Collectif pour un transport abordable et accessible à Québec (TRAAQ)
  9. Janie Tremblay, Les Perséides – Soutien au deuil périnatal
  10. Marie-Eve Bouchard et Alice Châtel, Ressources familiales la vieille caserne de Montmorency (Re-Fa-Vie)
  11. Audrée Houle, Centre Femmes d’aujourd’hui
  12. Marie-Pierre Gagnon, Professeure titulaire, Faculté des sciences infirmières, Université Laval
  13. Christine Marcotte, Allaitement Québec 
  14. Karine Verreault, Regroupement des organismes communautaires de la région 03
  15. Isabelle Poulin, Chantelait
  16. Julie Tremblay, Viol-Secours
  17. Sarah Landry, Mouvement pour l’autonomie dans l’enfantement
  18. Kim Couture, Espace MAM, centre de ressources périnatales
  19. Roberta de Carvalho Corôa, chercheuse postdoctorale, Université Laval
  20. Gabrielle Vaudry, Projet L.U.N.E. 
  21. Gabrielle Roberge-Chabot, Relevailles Québec
  22. Élise Brunot, Réseau québécois d’action pour la santé des femmes (RQASF)
  23. Sara Arsenault, Fédération des femmes du Québec 
  24. Stéphanie Chouinard, Centre des femmes de Charlevoix
  25. Stéphanie Lampron, YWCA Québec
  26. Geneviève Lessard, Professeure titulaire, École de travail social et criminologie, Université Laval
  27. Isabelle Picard, ESPACE région de Québec
  28. Danielle Chenel, Parents-Espoir
  29. Gaétane Cliche, Mamie-Lait
  30. Annie Pressé, Ressources Parents Vanier
  31. Brigitte Kang-Papadakis, CAF-SPPCSF
  32. Aurélie Mélot, Centre Famille Haute-Ville
  33. Franz Gauthier, RAFAL
  34. Geneviève Sirois, Relevailles Québec
  35. Natasha Chicoine, Carrefour les Ramilles
  36. Nathalie Lamarre, Marie-Josée Racine et Cynthia Grondin, Carrefour Familles Monoparentales
  37. Virginie Fortin, Sources Vives au coeur de la famille
  38. Delphine Guénette-Mainguy, Entraide Jeunesse Québec
  39. Jessica Price et Annabelle Cloutier, Les Partenaires JH
  40. Marie-Laure Labadie, Étape emploi
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