“Quand des vies humaines valent moins que des votes…”

Québec, le 30 juin 2023 – À la veille des célébrations entourant la fête du Canada, alors que l’ONU affirme que “chercher la sécurité est un droit humain”, des organismes communautaires de Québec tiennent à rappeler aux autorités canadiennes leur responsabilité humanitaire. Ils critiquent la fermeture du chemin Roxham le 25 mars dernier, comme étant un manquement majeur au droit à la sécurité des personnes demandeuses d’asile.

Le chemin Roxham permettait aux personnes souhaitant demander l’asile au Canada ou aux États-Unis de traverser la frontière canado-américaine d’une façon relativement sécuritaire. Rappelons qu’en raison de l’entente sur les tiers pays sûrs, il est obligatoire de déposer sa demande d’asile dans le premier pays “sûr” où l’on se trouve. Il est ainsi impossible de traverser via les postes frontaliers réguliers. Le chemin Roxham agissait comme moindre mal – permettant au moins à ces personnes de traverser dans la légalité.

Malgré avoir annoncé qu’un nombre limité de personnes pourraient déposer l’asile via les postes frontaliers, ce nombre (15 000 personnes annuellement) est de loin inférieur au nombre de personnes qui empruntaient le Chemin Roxham (plus de 40 000 en 2022). Ce sont des milliers de personnes qui se voient couper de leur voie pour rejoindre leurs proches, pour chercher la sécurité et une vie meilleure. 

Le 31 mars, seulement 6 jours après la fermeture du chemin, on apprenait le décès de huit migrant.e.s, dont deux enfants citoyens canadiens, noyés en tentant de traverser la frontière pour se rendre aux États-Unis. Ce fut un vif rappel de la nouvelle réalité instaurée à nos frontières. Nous demandons à Trudeau, Legault et Ford: est-ce que votre popularité dans l’opinion publique, est-ce que les votes que vous obtiendrez des suites de cette décision valent les pertes de vies humaines?

Nous dénonçons que le plus haut tribunal du pays ait décidé de maintenir intact l’accord entre le Canada et les États-Unis qui permet le renvoi de demandeurs d’asile ayant traversé la frontière entre les deux pays. Nous jugeons que cet accord viole leurs droits à la vie, à la liberté et à la sécurité. Il met particulièrement en danger les femmes et les enfants.

Le gouvernement ne peut pas se dédouaner de sa responsabilité avec l’argument que les personnes “doivent respecter les lois”. Ces lois, il les a lui-même mises en place, il en connaissait les conséquences, et il avait le pouvoir d’agir autrement. Le gouvernement Trudeau et les dirigeants provinciaux avaient, et ont toujours, le pouvoir d’octroyer une vie meilleure à des milliers de personnes, d’éviter des pertes de vies, de couper l’herbe sous le pied aux réseaux de trafic humain, de traite humaine et de travail au noir.  En ce moment, ils font le choix conscient de ne pas le faire.

Le 20 juin dernier, l’Agence des Nations unies pour les réfugié.e.s soulignait la Journée mondiale des réfugié.e.s, une journée qui “vise à rendre hommage aux personnes qui ont été forcées de fuir.” L’ONU rappelle qu’ “Ensemble, nous pouvons défendre leur droit de rechercher la sécurité, renforcer notre soutien en faveur de leur inclusion économique et sociale, et plaider pour trouver des solutions à leur sort.” 

Nous sommes sensibles aux êtres humains qui souffrent des conséquences de décisions populistes et électoralistes de nos gouvernements fédéraux et provinciaux. Nous demandons une renégociation de l’entente sur les tiers-pays sûrs pour permettre à l’ensemble des personnes qui le souhaitent de demander l’asile au Canada à partir des États-Unis. Nous rappelons qu’au-delà de la politique partisane, au-delà des intentions de vote, il y a les droits inaliénables à la sécurité et à la vie.

Par solidarité, par humanité, nous nous solidarisons des personnes qui fuient la misère.

  • Centre des travailleurs et travailleuses immigrants
  • Regroupement des groupes de femmes de la région de la Capitale-Nationale
  • Regroupement d’éducation populaire en action communautaire de Québec et Chaudière-Appalaches
  • Ligue des droits et libertés – section Québec
  • Collectif de lutte et d’action contre le racisme
  • Comité femmes d’ici et d’ailleurs de la Ligue des droits et libertés 

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